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Space Setting : cadrer un problème complexe tel qu'il est

Space Setting est une méthode effectuale qui part d'un problème tel qu'il est posé, explore systématiquement tous ses effets — positifs et négatifs — et en déduit les zones de contrôle sur lesquelles les acteurs peuvent agir immédiatement. Développée par Dominique Vian et ses collaborateurs (Vian et Gaulle, 2020), elle sert à cadrer l'espace d'un problème avant de décider quoi faire, en évitant le piège classique : réduire trop vite un problème complexe à une lecture partielle.

Pourquoi ne pas commencer par chercher les causes ?

La réaction naturelle face à un problème est de remonter vers ses causes. C'est un réflexe utile dans les systèmes simples, mais contre-productif dans les situations complexes. Les causes appartiennent au passé : on peut les comprendre, mais rarement les modifier. Space Setting opère un renversement : plutôt que de chercher d'où vient le problème, on explore ce qu'il produit — ses effets. Et selon la pensée effectuale, tous les effets d'un problème sont des enjeux : ce que l'on peut gagner ou perdre selon les actions entreprises. C'est cette équivalence — posée par Dominique Vian dans *Effectual Impact* — qui fonde toute la méthode.

La méthode Space Setting en quatre étapes

Space Setting suit la séquence heuristique commune aux méthodes effectuales : partir de la situation telle qu'elle est, explorer ses effets, les relier entre eux, et en déduire ce sur quoi les acteurs ont prise. Voici son protocole opérationnel.

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    Formuler le problème de départ tel qu'il est posé

    Ne pas transformer, ne pas idéaliser : prendre la situation dans sa réalité brute. Cette formulation initiale est souvent partiale — elle reflète la lecture d'un acteur — mais c'est volontaire. Space Setting part de là pour révéler ce que cette lecture masque.

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    Recenser tous les effets du problème

    Qu'est-ce que cette situation produit concrètement ? Contraintes, coûts, tensions — mais aussi ressources mobilisées, compétences sollicitées, relations révélées, besoins latents. Space Setting refuse de présupposer quels effets sont utiles : on liste tout, sans filtre.

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    Construire l'arborescence des effets

    Parmi les effets recensés, lesquels contribuent à d'autres effets ? On relie les effets entre eux par le lien effectual : A produit B, B rend C possible. Cette arborescence fait apparaître des nœuds stratégiques — des effets qui en entraînent plusieurs autres.

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    Identifier les zones de contrôle et redéfinir le problème

    Parmi tous ces effets, lesquels sont sous l'influence des acteurs présents ? Ces zones de contrôle permettent de reformuler le problème : non plus sous sa forme initiale (souvent paralysante), mais autour de ce qu'on peut réellement faire, maintenant, avec ce qu'on a.

Cas concret : des PME face à la pandémie

Pendant la pandémie de Covid-19, un groupe de dirigeants de PME travaille collectivement avec Space Setting sur la question : « Comment agir face aux variations brutales d'activité ? ». La planification classique est devenue inutile, et se focaliser sur la cause — le virus, les mesures gouvernementales — était parfaitement stérile.

En explorant les effets de leur situation, ces dirigeants font apparaître cinq zones de contrôle qu'ils n'avaient pas perçues spontanément.

Ces cinq leviers n'ont pas été inventés : ils étaient présents dans la situation, mais invisibles avant Space Setting. C'est précisément la fonction de la méthode — ce qu'*Effectual Impact* appelle les « lunettes de réalité augmentée » des méthodes effectuales : augmenter la perception des possibilités en forçant l'exploration systématique des effets.

Space Setting ou FOCAL : choisir selon l'objectif

Space Setting et FOCAL partagent la même heuristique en trois séquences — explorer les effets, les relier, déduire des zones de contrôle — mais diffèrent par leur point de départ, et donc par leur usage. Ce n'est pas une question de préférence : c'est une question d'objectif de session.

CritèreSpace SettingFOCAL
Point de départLe problème tel qu'il est poséLe problème transformé en opportunité résolue
Effets générésPositifs et négatifs (le spectre complet)Majoritairement positifs et inédits
Usage principalLimiter les conséquences négatives, cadrer une criseExplorer des possibilités originales et inattendues
PosturePrudente, ancrée dans la réalité immédiateLatérale, s'affranchit des contraintes perçues
Exemple d'usageCrise de réputation : limiter les dégâtsCrise de réputation : trouver un repositionnement original

Ce que les deux méthodes garantissent, c'est de maintenir l'agentivité quelle que soit la situation : même face à une crise grave ou un problème mal défini, l'une ou l'autre permettra d'identifier des zones de contrôle et de formuler des actions possibles. C'est la marque de fabrique de toute la famille des méthodes de résolution de problèmes effectuales.

Quand utiliser Space Setting ?

Space Setting est particulièrement adapté dans trois situations. La première : quand le problème est encore flou ou mal défini — explorer ses effets permet souvent de réaliser que le vrai problème est ailleurs, que la formulation initiale était biaisée ou masquait un enjeu de niveau supérieur. La deuxième : quand l'urgence est de contenir des conséquences négatives — la méthode cartographie l'ensemble du terrain, y compris ce qu'il faut prévenir ou limiter. La troisième : quand on travaille dans un contexte de crise ou d'incertitude radicale, où la planification causale a montré ses limites et où l'action doit s'appuyer sur ce qui est maîtrisable maintenant. Pour aller plus loin dans l'analyse de la décision en contexte incertain, voir décider dans l'incertitude.

À retenir

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le Space Setting en effectuation ?

Space Setting est une méthode effectuale qui part d'un problème tel qu'il est posé et explore systématiquement tous ses effets — positifs et négatifs — pour en déduire des zones de contrôle concrètes. Contrairement aux approches classiques qui cherchent les causes, Space Setting travaille sur les effets, car ce sont eux qui sont actionnables. La méthode a été formalisée par Dominique Vian et ses collaborateurs (Vian et Gaulle, 2020).

Quelle est la différence entre Space Setting et FOCAL ?

Les deux méthodes partagent la même heuristique effectuale, mais diffèrent par leur point de départ. Space Setting part du problème dans sa réalité brute — il génère des effets positifs et négatifs, ce qui le rend efficace pour gérer et limiter des conséquences négatives. FOCAL transforme d'abord le problème en opportunité résolue avant d'explorer — il génère davantage d'effets positifs et inédits, ce qui le rend plus pertinent pour trouver des possibilités originales.

Pourquoi Space Setting refuse-t-il de chercher les causes d'un problème ?

Les causes appartiennent au passé : on peut les comprendre, mais rarement les modifier. Les effets, eux, sont dans le présent ou le futur immédiat — ce sont eux qui sont actionnables. Selon la pensée effectuale (Dominique Vian, *Effectual Impact*), tous les effets d'une situation sont des enjeux — ce que l'on peut gagner ou perdre selon les actions entreprises. Space Setting part de ce principe pour orienter l'analyse vers ce qui peut changer.

Space Setting peut-il s'utiliser en groupe ?

Oui — et c'est souvent là qu'il est le plus puissant. Le cas des dirigeants de PME pendant la pandémie (Effectual Impact, Dominique Vian et Quentin Tousart) illustre un usage collectif : en travaillant ensemble sur les effets de leur situation, des dirigeants ont fait apparaître cinq zones de contrôle invisibles à première vue — dont la mutualisation des moyens entre entreprises, levier inaccessible en travail solo.

Space Setting convient-il aux problèmes mal définis ?

Oui — c'est même l'un de ses usages les plus précieux. Partir du problème tel qu'il est posé et explorer ses effets permet souvent de réaliser que la formulation initiale était incomplète ou biaisée. Space Setting sert ainsi de vérification du diagnostic : il sécurise le cadrage avant de s'engager dans une recherche de solution.

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