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Résolution de problèmes Méthode

FOCAL : transformer un problème en opportunité d'agir

La méthode FOCAL (Vian et Sempels, 2015) est une méthode effectuale de résolution de problèmes complexes qui transforme un problème en opportunité d'agir : au lieu de chercher les causes, elle explore les finalités poursuivies et génère des solutions ancrées dans ce que les acteurs savent et peuvent faire. En procédant par alternance entre foisonnement et focalisation en quatre étapes, FOCAL préserve la possibilité d'agir là où l'analyse causale tend à bloquer.

Pourquoi un problème résiste à l'analyse directe

Face à un problème complexe, le réflexe naturel est analytique : identifier les causes, les éliminer. Cette logique causale fonctionne bien quand le problème est stable et bien borné. Mais quand l'incertitude est forte ou que le problème est mal posé, l'analyse directe enferme : on reste focalisé sur ce qui ne va pas, on pèse lourd les aspects négatifs, et les solutions qui émergent restent dans le registre de ce qu'on connaît déjà. C'est le biais de négativité à l'œuvre — notre cerveau pondère les aspects négatifs plus fortement que les positifs, ce qui concentre toute l'énergie sur le problème plutôt que sur ce qui pourrait émerger.

La méthode FOCAL est conçue pour court-circuiter ce biais. Son geste fondateur est une bascule : au lieu de partir du problème tel qu'il est, on imagine le problème résolu — et on l'aborde comme une opportunité. Ce retournement n'est pas une pensée positive naïve, c'est une opération cognitive délibérée qui déplace le point de départ de l'analyse. Elle rejoint ainsi la famille des méthodes d'innovation effectuales, dont la marque de fabrique est de garder la possibilité d'agir quelles que soient les situations.

Les quatre étapes de FOCAL

FOCAL procède par alternance entre deux mouvements opposés — foisonnement (ouvrir le champ) et focalisation (réduire et sélectionner). Séparés la génération du jugement, ces quatre étapes évitent l'autocensure précoce et la solution évidente qui n'est souvent que la première réponse venue.

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    Bascule vers les finalités

    Au lieu de demander « pourquoi ce problème existe-t-il ? », on demande « pourquoi voulons-nous le résoudre ? Qu'est-ce que cela nous permettrait d'accomplir ? ». Le problème est reformulé en positif, comme s'il était déjà résolu. Les participants expriment librement toutes les finalités poursuivies, sous forme de verbes d'action à l'infinitif (renforcer, valoriser, accroître…). La quantité prime sur la qualité : aucune autocensure à ce stade.

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    Classification sémantique

    Les propositions sont triées par proximité de sens. Trois filtres successifs réduisent le volume : le filtre de quarantaine écarte les finalités trop éloignées du problème de départ ; le filtre de redondance fusionne les expressions qui disent la même chose ; le filtre d'inclusion remonte au niveau de finalité supérieur quand une expression en contient une autre. Ce travail sémantique prépare la sélection et évite de travailler sur des doublons.

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    Focalisation

    Parmi les finalités restantes, on sélectionne celles qui sont le plus fortement corrélées au problème initial. C'est le filtre de corrélation : il ne retient que ce qui est vraiment relié au sujet de départ, en écartant ce qui dériverait trop loin. On obtient un petit nombre de finalités de haut niveau — les espaces de résolution sur lesquels le travail de solutions va porter.

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    Foisonnement des solutions

    Pour chaque espace de résolution retenu, deux questions font émerger les solutions : « Que sais-je à propos de cet espace ? » et « Que puis-je faire concrètement en lien avec le problème de départ ? ». L'ancrage sur « ce que je sais » et « ce que je peux faire » est caractéristiquement effectual : on part des ressources et compétences réellement disponibles, pas d'un idéal abstrait. On génère sans censure, puis on sélectionne collectivement.

Le cas de la Chambre de commerce

Face à un problème de financement, une Chambre de commerce et d'industrie (CCI) passe, grâce à FOCAL, de solutions banales à une idée radicalement originale. Le problème de départ est commun : la CCI manque de ressources financières pour assumer ses missions. Les premières idées spontanées restent dans le registre évident — facturer certains services aux adhérents ou demander à l'État d'augmenter sa dotation. Ce sont des solutions causales, directement connectées à la source perçue du problème (manque d'argent → trouver de l'argent).

FOCAL déplace le regard. En remontant aux finalités — pourquoi la CCI a-t-elle besoin de financement ? pour quoi sert-elle vraiment à ses adhérents ? —, le groupe identifie une finalité de haut niveau : la garantie de la qualité des partenariats économiques. Sur cet espace de résolution, la question « que savons-nous, que pouvons-nous faire ? » révèle que les CCI facilitent des mises en relation sans jamais s'engager sur la qualité des partenaires mis en contact — alors que c'est précisément ce qu'attendent leurs adhérents. Résultat : l'idée d'une assurance « bon partenaire/client », produit financier nouveau qui génère des revenus tout en renforçant la valeur ajoutée de l'organisation.

AVANT FOCAL : il était question de facturer certains services ou de demander à l'État français de payer les services que la Chambre de Commerce lui rend. APRÈS FOCAL : l'idée visant à proposer une assurance bon partenaire/client aux adhérents.

— Dominique Vian, Christophe Sempels, Mélanie Ciussi, *Tous innovateurs*

Ce cas illustre la leçon centrale de FOCAL : la méthode ne produit pas des solutions meilleures sur le problème initial — elle produit des solutions sur un problème mieux posé.

FOCAL et SPACE SETTING : deux angles sur le même problème

FOCAL n'est pas la seule méthode effectuale pour aborder un problème. SPACE SETTING opère depuis le même point de départ — un problème réel — mais reste dans la réalité du problème tel qu'il est, générant des effets positifs et négatifs. Elle est plus adaptée quand l'enjeu est de limiter les conséquences négatives d'une situation. FOCAL, en revanche, est plus pertinente quand l'enjeu est de trouver des possibilités originales et inédites : penser à partir du positif (le problème résolu) génère davantage d'effets positifs et des effets plus créatifs, parce que la pensée s'affranchit du poids des contraintes perçues.

Les deux méthodes partagent la même heuristique en trois séquences (foisonnement, classification, focalisation) et peuvent être utilisées en séquence sur le même problème. Pour choisir, une règle simple : si l'urgence est de gérer et contenir, SPACE SETTING ; si l'urgence est de trouver un angle inattendu, FOCAL. Dans tous les cas, les deux préservent ce qui est la marque de fabrique de toute l'approche effectuale : maintenir l'agentivité face à la complexité.

Quand utiliser FOCAL ?

À retenir

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la méthode FOCAL ?

FOCAL est une méthode effectuale de résolution de problèmes complexes (Vian et Sempels, 2015) qui transforme un problème en opportunité d'agir en quatre étapes : bascule vers les finalités, classification sémantique, focalisation, et foisonnement des solutions ancrées dans ce que les participants savent et peuvent faire.

En quoi FOCAL diffère-t-elle d'un brainstorming classique ?

Un brainstorming classique génère des idées directement sur le problème. FOCAL opère d'abord une transformation : elle bascule vers les finalités (pourquoi veut-on résoudre ce problème ?) avant de générer des solutions. Cette étape de bascule fait émerger des espaces de résolution inédits que l'approche directe n'aurait pas révélés. De plus, FOCAL utilise des filtres sémantiques structurés pour sélectionner, pas une simple vote ou tri intuitif.

FOCAL peut-elle s'appliquer en dehors de l'entreprise ?

Oui. La méthode FOCAL s'applique à tout problème collectif bien posé : organisation publique, association, territoire, équipe projet. Le cas de la Chambre de commerce illustre son usage dans le secteur public. La condition est d'avoir un groupe de participants qui maîtrisent suffisamment le sujet pour alimenter le foisonnement à chaque étape.

Combien de temps dure une session FOCAL ?

Une session complète dure généralement entre deux et quatre heures selon la complexité du problème et la taille du groupe. Les étapes de classification et de focalisation sémantique sont souvent les plus longues car elles demandent un travail de précision sur le sens des formulations. La pratique recommande un minimum de trois participants.

Quelle est la différence entre FOCAL et SPACE SETTING ?

Les deux méthodes effectuales partagent la même heuristique mais diffèrent par leur point de départ. SPACE SETTING part du problème tel qu'il est et génère des effets positifs et négatifs : elle est adaptée pour limiter les conséquences négatives d'une situation. FOCAL part du problème résolu (comme une opportunité) et génère davantage d'effets positifs originaux : elle est adaptée pour trouver des possibilités inattendues. On peut les utiliser en séquence sur le même problème.

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